Mes sens s’étaient endormis
Mes yeux s’étaient fermés
Je courais partout comme un démené
Croisais des hommes et femmes qui,
Comme des ombres furtives
Se mouvaient délicatement à mon approche.
J’avais grandi avec cette conviction que j’aimais l’humanité
D’avoir de l’empathie pour mes semblables
J’avais quelque peu faux,
Derrière ces sourires se cachait une absence
Derrière ce semblant d’innocence
Se taisait une volonté de traverser et marquer mon époque
J’avais oublié de vivre
J’avais senti des parfums dont je ne me souvenais guère
On m’avait parlé d’Histoire et je ne voyais que le présent
Sur ma route sans doute j’avais croisé des gens extraordinaires
Je n’en avais hélas pas pris toute la mesure
J’avais sans doute arpenté cette rue que l’on appelle bonheur
J’avais hélas oublié d’entendre mon cœur battre
Les jours me paraissaient courts tant il y avait à faire
Tant de riches et encore plus de prolétaires
Que l’humanité abritait en cette terre
Je cherchais désespérément à comprendre le sens de la vie
La vie dans son étrange complexité s’évertuait à m’échapper
J’avais le souvenir des lieux, j’avais le souvenir des conversations
Je cherchais encore et encore le souvenir des sensations
Comme un quêteur de sens
En plein delirium tremens.
Le vide alors allègrement s’installait
Comme pour me dire que mes tentatives étaient vaines.
J’avais oublié de vivre
J’avais oublié de le dire
J’avais oublié de rire
Rire de ces moments que les hommes décrivent magiques
J’avais oublié de pleurer
Pleurer de ces instants qui sont quelquefois tragiques
Le regard vers le ciel
Je me mirais
Sans doute à la recherche de mon double
Et je n’y voyais qu’une masse bleue clair et livide
Qui, elle semblait me sourire.
…
Thy